Article rédigé par Arielle Dolphin, journaliste végétable et publié en primeur sur notre site, puis à paraître dans le magazine Végétable.
Une gestion raisonnée et durable de la ressource hydrique devient urgente dans les territoires, dans la production arboricole ou encore dans l’industrie de la filière végétale.
Les étudiants du master 2 ingénierie des filières végétales de l’Université d’Avignon ont organisé, en avril, une matinée de conférences autour de la gestion durable de l’eau en agriculture. Marina Guillon, enseignante-chercheuse en hydrogéologie, y a décrypté l’organisation des eaux souterraines. « En agriculture, 20 % de l’eau utilisée est d’origine souterraine », a -t-elle précisé. « Sur la totalité des pluies, à peine un tiers s’infiltrera dans le sol. » D’oùla nécessité de capter l’eau souterraine, alimentée par les rivières. Elle s’est attardée sur l’exemple de la Crau, vaste plaine ornée de prairies et de vergers, proche de la Camargue. Au XVIe siècle, des canaux ont permis l’irrigation gravitaire rechargeant les nappes d’eau souterraines. Depuis, la forte urbanisation et la pression sur l’eau du bassin versant de la Durance ont diminué cette recharge. HydrogestionAller puiser de l’eau plus profondément est devenu un besoin. « Mais les eaux souterraines ne sont pas inépuisables », a alerté la chercheuse.
Cette présentation a été étayée par le nouveau projet de Milan Brégeon, responsable à la station expérimentale arboricole de La Pugère. Son étude Hydrogestion portera sur des parcelles de vergers (pomme, poire, prune, pistache, amande) et concernera les résultats de l’irrigation (gravitaire, en goutte à goutte ou par aspersion), avec l’évaluation des porte-greffes, des modes de conduite (avec ou sans paillage)… Chacune des parcelles sera suivie agronomiquement au niveau du verger, du sol et de la biologie fonctionnelle. « Globalement, un verger a besoin de 500 à 600 mm d’eau par an », a souligné Milan Brégeon. « Les pluies apportent 250-300 mm. Il faut donc compléter avec 300 mm en moyenne. » Le but sera de diminuer cet apport. « En couplant un dendromètre et une sonde capacitive, par exemple, on peut réduire l’irrigation de 30 %. » Il a également rappelé que l’irrigation d’un territoire permet de diminuer sa température. Bien se servir de l’eau, donc, permet de préserver non seulement la ressource, les nappes souterraines, mais aussi l’activité agricole.
Au-delà de l’agriculture, l’industrie agroalimentaire commence aussi à s’intéresser à une meilleure gestion de la ressource hydrique. Anne-Gaëlle Mellouet, directrice mission d’intérêt général du CTCPA (Centre technique agroalimentaire), mène des recherches dans ce sens, suite à la sécheresse et aux décrets de 2024. Un guide de recommandations du CTCPA pour la réduction et la réutilisation de l’eau est en cours de validation. Car, outre la nécessité de bonnes pratiques pour optimiser l’utilisation en production, le nettoyage, la mise en place d’un management de l’eau…des entreprises importantes souhaitent savoir mieux réutiliser l’eau, ce qui doit « être compatible avec la gestion équilibrée de la ressource ».
Arielle Dolphin – journaliste
