Article rédigé par Perrine Fortin-Dorie, journaliste végétable et publié en primeur sur notre site, puis à paraître dans le magazine Végétable.
Producteurs, experts et élus se sont réunis à Mazan (84) pour partager leviers techniques et pistes d’avenir face aux ravageurs et au recul des surfaces.
Dans un territoire où l’arboriculture et la viticulture ont longtemps façonné les paysages comme l’économie locale, la filière s’est donnée rendez-vous le 4 février à Mazan, au pied du Ventoux, pour un temps d’échanges et de réflexion autour de la cerise et du raisin. Ce rendez-vous technique, dédié à l’IGP Cerise des Coteaux du Ventoux et à l’AOP Muscat du Ventoux, a réuni producteurs, conseillers techniques, expérimentateurs et élus, dans un contexte marqué par la forte régression des surfaces notamment en cerisier. « À l’époque, 20 % des surfaces communales étaient plantées en cerisiers, offrant un somptueux spectacle au moment de la floraison », rappelle avec regret le maire de Mazan, Louis Bonnet, alors qu’un seul producteur est aujourd’hui encore en activité sur la commune. L’après-midi a été animé par René Reynard, président de l’ODG Fruiventoux, organisme qui coordonne l’AOP et l’IGP précipitées.
La filière s’active depuis plusieurs campagnes pour identifier des solutions alternatives aux produits phytosanitaires face aux ravageurs du cerisier. En première ligne, la mouche Drosophila suzukii, à l’origine de nombreux dégâts sur les fruits, concentre l’essentiel des préoccupations de la filière cerise. Ainsi, l’antenne CTIFL La Tapy, basée à Carpentras, compare différentes structures de filets Alt’Droso actuellement disponibles sur le marché (Filpack, Texinov, CAPL, Emis).
Le potentiel de la TIS (Technique de l’insecte stérile) contre Drosophila suzukii fait également l’objet de plusieurs études, notamment au CTIFL Balandran. Inspirée d’expérimentations canadiennes, cette technique consiste à lâcher des mâles stériles de la mouche dans le verger et son environnement, afin de réduire durablement la population de ravageurs. Le président de l’AOP Cerises de France, Jean-Christophe Neyron, a présenté un programme pilote à grande échelle (200 ha multicultures), prévu de 2027 à 2030, visant à déployer opérationnellement la TIS de Drosophila suzukii en cerisiers en régions Aura et Paca : « L’objectif est bien de diminuer la pression des ravageurs tout en diminuant l’utilisation de produits phytosanitaires. »
Par ailleurs, dans un contexte de changement climatique et de pression sanitaire, d’autres insectes peuvent être introduits pour faciliter la pollinisation dans les vergers, étape essentielle dans la production fruitière. C’est ce que fait L’Abeille Rousse, société coopérative d’intérêt collectif, en agissant activement par des actions concrètes de terrain à la protection et à la sauvegarde d’insectes pollinisateurs par leur régénération durable dans leurs milieux naturels et les vergers. Néanmoins, se pose la question de la viabilité économique de ces dispositifs en conditions réelles d’exploitations : « En investissant dans ces techniques, allons-nous vendre plus cher la cerise ? » s’interroge un producteur de cerises du Ventoux.
Pour mettre en œuvre ces initiatives au verger et accompagner la transition des pratiques agricoles, les professionnels ont rappelé la nécessité absolue d’un soutien fort de l’État. Edouard Brodhag, directeur de la DDT du Vaucluse, a notamment présenté la mise en place de l’AARC (Aire d’alimentation et de résilience climatique) dans le Sud-Est, avec un financement de structuration de 750 k€, permettant de soutenir des initiatives locales à hauteur de 40 % d’aides. Présent lors de la rencontre, Yoann Toubhans, sous-préfet de Carpentras, a souligné : « C’est un moment de vérité d’assister à la présentation de vos travaux ; face à des injonctions contradictoires, à des normes sanitaires de plus en plus strictes et une pression accrue des consommateurs, nous devons soutenir l’accessibilité aux aides pour les professionnels agricoles. »
