La parole à Nathalie Bonnet, dirigeante du Domaine des Coteaux

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Derrière chaque édition du salon, il y a des experts engagés qui contribuent à façonner sa vision et ses temps forts. Nous avons rencontré les membres du comité de pilotage pour mieux comprendre leur rôle, leur expertise et leur regard sur les enjeux du secteur.

Aujourd’hui, nous donnons la parole à Nathalie Bonnet, dirigeante du Domaine des Coteaux et membre du comité de pilotage de medFEL.

Nathalie Bonnet, vous êtes dirigeante du Domaine des Coteaux et membre du comité de pilotage de medFEL. Pouvez-vous revenir sur votre parcours et nous expliquer votre rôle au sein de l’entreprise et du salon ?

Je suis au Domaine des Coteaux depuis plus de 35 ans. C’est une entreprise qui s’est construite et développée progressivement : nous sommes partis d’une exploitation d’environ 40 hectares pour atteindre aujourd’hui plus de 400 ha et plus de 11 000 tonnes de fruits produits et commercialisés chaque année.

Notre gamme est essentiellement composée de fruits d’été, cerises, abricots, pêches, nectarines et prunes, auxquels s’ajoute aujourd’hui le kiwi.

Ce développement s’est toujours fait en lien étroit avec les attentes de nos clients, principalement la grande distribution française, avec la volonté de faire évoluer simultanément notre production, nos outils de conditionnement et notre organisation commerciale.

Au fil des années, mon rôle a naturellement évolué avec l’entreprise. J’en assure aujourd’hui la direction avec une vision très transversale, de la production à la commercialisation, en passant par les investissements et les orientations stratégiques.

Je suis également membre du comité de pilotage de medFEL depuis plus de 20 ans.

J’y apporte avant tout mon regard de productrice et de chef d’entreprise, notamment dans la réflexion sur les sujets à aborder lors des conférences et sur les thématiques qui préoccupent concrètement les professionnels de la filière.

Au fil des années, medFEL s’est imposé comme un rendez-vous incontournable de la filière fruits et légumes. Quelle place occupe-t-il aujourd’hui selon vous pour les producteurs et les différents acteurs de la filière ?

MedFEL est devenu au fil des années un rendez-vous incontournable de la filière fruits et légumes en France.

Sa force est de réunir dans un même lieu l’ensemble des acteurs : producteurs, metteurs en marché, clients, transporteurs, fournisseurs d’emballages et de matériels, pépiniéristes, mais aussi tous les prestataires et partenaires qui gravitent autour de nos métiers.

Son calendrier est également particulièrement pertinent.  Le salon intervient juste avant le démarrage des campagnes de fruits d’été, à un moment où nous avons besoin de rencontrer nos clients et partenaires, d’échanger sur les perspectives de récolte, les marchés et les promotions.

Il trouve également très bien sa place dans le calendrier européen, entre Fruit Logistica à Berlin et Fruit Attraction à Madrid, avec une vraie spécificité : c’est un salon français, à taille humaine, qui permet de prendre le temps d’échanger réellement.

En tant que dirigeante d’une entreprise directement impliquée dans la production et la commercialisation des fruits et légumes, quels sont aujourd’hui les principaux enjeux auxquels vous êtes confrontée au quotidien ?

Ils sont nombreux, mais je dirais que notre principal défi est aujourd’hui de parvenir à concilier trois impératifs : produire, sécuriser et valoriser.

Produire est devenu plus complexe. Nous devons faire face à des aléas climatiques de plus en plus fréquents et violents, à l’évolution des moyens de protection des cultures, à la disponibilité de la main-d’œuvre et à des coûts de production qui ont fortement augmenté.

Nous devons parallèlement sécuriser nos récoltes. Cela nécessite des investissements considérables dans les vergers : protection contre la grêle, le gel ou les excès climatiques, irrigation plus performante, évolution variétale et adaptation de nos modes de conduite.

Enfin, il faut réussir à valoriser cette production. Le fruit est un produit vivant, périssable, avec des volumes et une qualité qui peuvent évoluer très rapidement.

Nous devons donc en permanence adapter notre offre à la demande, tout en recherchant un niveau de prix qui permette de couvrir nos coûts et de rémunérer correctement la production.

Notre métier nécessite finalement de plus en plus d’anticipation, mais aussi énormément de réactivité.

La valorisation de la production française est un sujet central pour de nombreux professionnels. Quels leviers vous paraissent aujourd’hui essentiels pour mieux valoriser le travail des producteurs ?

Le premier levier est à mon sens le partenariat avec nos clients. La connaissance réciproque de nos contraintes est essentielle pour pouvoir construire ensemble des campagnes réussies.

Nous avons besoin de partager davantage d’informations en amont : potentiel de production, calendrier variétal, prévisions de volumes, attentes des consommateurs, besoins promotionnels…

Plus nous anticipons ensemble, plus nous avons de chances d’adapter l’offre à la demande et de valoriser correctement les produits.

Les AOP produits ont également un rôle essentiel à jouer. Elles permettent d’avoir une vision plus globale de l’offre et de la demande, de mieux communiquer sur nos produits et, à plus long terme, d’orienter les programmes de plantation afin qu’ils soient davantage en phase avec les besoins du marché.

Enfin, je pense que la contractualisation doit continuer à progresser. Elle ne peut pas tout résoudre dans une filière soumise aux aléas climatiques et aux fluctuations de production, mais elle peut apporter davantage de visibilité et de sécurité, aussi bien aux producteurs qu’à leurs clients.

L’innovation peut prendre de nombreuses formes dans la filière, de la production à la commercialisation. Quelles évolutions vous semblent les plus prometteuses pour les années à venir ?


L’innovation a toujours fait partie de notre métier. Dans les vergers, nous travaillons depuis longtemps sur l’évolution variétale avec les obtenteurs et les pépiniéristes, pour rechercher des variétés mieux adaptées à nos conditions de production mais aussi aux attentes des consommateurs.

Ce qui va probablement accélérer très fortement dans les prochaines années, c’est l’intégration de l’intelligence artificielle et de la robotisation.

Dans les stations de conditionnement, elles commencent déjà à transformer nos outils : tri optique, analyse de la qualité des fruits, automatisation, robotisation, optimisation des flux… Nous n’en sommes probablement qu’au début.

Dans les vergers, les perspectives sont également considérables : aide à la décision, détection précoce des maladies et ravageurs, gestion de l’irrigation, estimation des rendements, robotisation de certaines interventions et, demain peut-être, de la récolte.

Cela nous conduira sans doute également à repenser la conception même de nos futurs vergers afin qu’ils soient davantage adaptés à ces nouvelles technologies.

Quel regard portez-vous sur l’avenir de la filière fruits et légumes et sur les grands défis qu’elle devra relever dans les prochaines années ?

Je reste confiante dans l’avenir de la filière, mais nous avons devant nous des défis considérables.

L’un d’eux sera de retrouver de la compétitivité, notamment à l’export. Aujourd’hui, nos coûts de production rendent très difficile la concurrence avec certains de nos voisins européens. L’automatisation, la robotisation et l’intelligence artificielle devraient nous permettre progressivement de réduire une partie de ce différentiel.

Nous devrons également sécuriser davantage notre production face aux aléas climatiques. Cela nécessitera des investissements importants dans les protections antigel, antigrêle ou autres dispositifs, mais également une évolution de nos variétés et de nos pratiques culturales.

Il faudra enfin sécuriser davantage la commercialisation. Nous ne pouvons pas demander aux producteurs d’investir toujours davantage dans leurs vergers sans leur donner parallèlement un minimum de visibilité sur la valorisation future de leur production.

Le développement de partenariats de long terme et de formes de contractualisation me paraît donc indispensable.

L’enjeu sera finalement de réussir à produire des fruits français de qualité, dans des conditions toujours plus exigeantes, tout en restant compétitifs et en donnant aux producteurs les moyens d’investir et de préparer l’avenir.

Si vous deviez adresser un message aux professionnels qui hésitent encore à participer à medFEL, quel serait-il ?

Je leur dirais tout simplement : comment se passer aujourd’hui d’un rendez-vous devenu aussi important pour notre filière ?

medFEL a cette particularité d’être à la fois un salon professionnel de référence et un événement qui reste à taille humaine. C’est probablement l’un des rares endroits en France où, en quelques jours, on peut rencontrer autant d’acteurs des fruits et légumes, retrouver ses clients et ses partenaires, découvrir de nouvelles solutions et surtout prendre le temps de parler réellement de nos métiers et de leurs évolutions.

Dans une période où notre filière doit relever autant de défis, ces moments d’échange sont plus que jamais nécessaires.

Merci Nathalie Bonnet !