La parole à Emmanuel Eichner, Vice-Président d’Interbio Occitanie

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Derrière chaque édition du salon, il y a des experts engagés qui contribuent à façonner sa vision et ses temps forts. Nous avons rencontré les membres du comité de pilotage pour mieux comprendre leur rôle, leur expertise et leur regard sur les enjeux du secteur.

Aujourd’hui, nous donnons la parole à Emmanuel Eichner, Vice-Président d’Interbio Occitanie

Emmanuel Eichner, vous êtes Vice-Président d’Interbio Occitanie et impliqué dans le comité de pilotage de medFEL.
Pouvez-vous revenir sur votre parcours et nous expliquer votre rôle dans l’organisation et l’orientation du salon ?

Mon parcours s’est tout d’abord construit au sein d’Alterbio, metteur en marché de fruits et légumes biologiques à Perpignan où j’occupe la fonction de directeur adjoint. Depuis de nombreuses années, je me suis également impliqué dans les associations régionales au contact des producteurs, des entreprises et des organisations professionnelles agricoles. J’ai toujours été animé par une conviction simple : les filières ne peuvent avancer que collectivement. C’est particulièrement vrai dans les fruits et légumes, où les enjeux sont nombreux et où chaque maillon a un rôle essentiel à jouer.
Mon engagement au sein d’Interbio Occitanie s’inscrit dans cette logique. En tant que vice-président, je contribue à porter la voix des acteurs de la bio régionale et à accompagner les réflexions stratégiques sur l’avenir de nos filières.
Concernant medFEL, j’ai la chance de participer à son comité de pilotage depuis sa création. Notre rôle est de veiller à ce que le salon reste en phase avec les attentes des professionnels et les grandes évolutions du secteur. Nous travaillons sur les thématiques, les contenus, les conférences, mais aussi sur la manière dont le salon peut continuer à créer de la valeur pour ses exposants et ses visiteurs. Ce qui me motive particulièrement, c’est de faire de medFEL un lieu où l’on ne parle pas seulement du présent, mais aussi de l’avenir.

Au fil des années, medFEL s’est imposé comme un rendez-vous incontournable de la filière fruits et légumes. Quelle place occupe-t-il aujourd’hui selon vous, tant pour les professionnels que pour l’ensemble de la filière ?

Je crois que medFEL a réussi à trouver une place très particulière. C’est à la fois un salon d’affaires, un lieu de rencontres et un espace de réflexion.
C’est un rendez-vous qui s’inscrit naturellement dans l’agenda d’Alterbio. On y vient pour rencontrer nos clients, nos producteurs et partenaires, mais aussi pour prendre du recul sur notre activité. Dans nos métiers, nous sommes souvent absorbés par le quotidien. medFEL offre justement ce temps de respiration nécessaire pour échanger, confronter les points de vue et anticiper les tendances.
Il joue également un rôle fédérateur. Dans une filière aussi diverse que celle des fruits et légumes, il est important de disposer d’un moment où l’ensemble des acteurs peuvent se retrouver autour des mêmes enjeux.

La filière fruits et légumes fait face à de nombreuses mutations : évolution des attentes des consommateurs, enjeux climatiques, souveraineté alimentaire, compétitivité… Quels vous semblent être les défis prioritaires à relever aujourd’hui ?

Il serait difficile de n’en citer qu’un ! Le changement climatique est évidemment au cœur des préoccupations. Aujourd’hui, les producteurs doivent composer avec des conditions de production de plus en plus complexes. Cela demande une capacité d’adaptation considérable et des investissements importants.
Mais je suis également très attentif à la question de la souveraineté alimentaire. Nous devons renforcer les capacités de production régionale lorsque cela est possible et pertinent, tout en reconnaissant que certaines productions ou certains calendriers d’approvisionnement nécessitent des échanges internationaux.
Enfin, nous devons recréer du lien avec le consommateur. Les attentes évoluent rapidement : origine des produits, impact environnemental, qualité nutritionnelle, juste rémunération des producteurs… La filière doit être capable d’apporter des réponses claires et de mieux expliquer son travail.

Après plusieurs années marquées par des évolutions contrastées du marché bio, comment analysez-vous la situation actuelle du secteur ?

Nous avons connu une période de forte croissance, suivie d’une phase de dé-consommation. C’est une réalité qu’il faut regarder avec lucidité.
Le contexte économique a profondément modifié les comportements d’achat et certains consommateurs ont dû faire des arbitrages. Pour autant, je ne considère pas que la bio traverse une crise de sens. Les valeurs qui fondent l’agriculture biologique restent extrêmement actuelles.
Je dirais même que les enjeux environnementaux, climatiques ou sanitaires rendent la bio plus pertinente que jamais. Le défi consiste désormais à retrouver une dynamique de développement en travaillant à la fois sur l’accessibilité, le désir et la valorisation des produits : nous devons redonner envie aux consommateurs de choisir la bio.
Je reste confiant. La bio est une réponse aux transitions agricoles et alimentaires que nous devons réussir.

Interbio Occitanie accompagne au quotidien les acteurs de la filière bio régionale. Concrètement, quelles sont les principales actions mises en place pour soutenir les entreprises et favoriser leur développement ?

Notre mission est d’abord de créer des ponts entre les acteurs. Nous accompagnons les producteurs, les transformateurs, les distributeurs et les acheteurs pour favoriser les échanges et le développement économique.
Nous travaillons également sur la promotion des produits biologiques régionaux, sur la distribution, sur l’ouverture de nouveaux débouchés, notamment en restauration collective et commerciale, et sur la valorisation du savoir-faire des entreprises d’Occitanie.
Une autre dimension importante est l’accompagnement stratégique. Avec l’Observatoire régional de la Bio, nous aidons les professionnels à mieux comprendre les évolutions, à identifier les opportunités et à construire des projets collectifs. Dans une période où les repères changent rapidement, ce rôle d’appui est essentiel.

L’Occitanie est l’une des grandes régions françaises de production agricole. Quels sont, selon vous, ses principaux atouts pour répondre aux enjeux de demain dans les fruits et légumes, notamment en bio ?

L’Occitanie dispose d’un potentiel exceptionnel. Nous avons une grande diversité de productions, des territoires complémentaires, un climat favorable et surtout des femmes et des hommes qui innovent chaque jour.
La région bénéficie également d’une véritable culture agricole et d’une forte implantation de l’agriculture biologique. Cet ancrage est un atout majeur pour construire les modèles de demain.
Je pense aussi que l’Occitanie possède une capacité collective à expérimenter et à innover. Face aux défis climatiques ou économiques, cette faculté d’adaptation sera déterminante.

La création du comité régional Interfel Occitanie marque une nouvelle étape pour la filière fruits et légumes dans la région. En tant qu’administrateur, quel rôle ce comité est-il appelé à jouer selon vous, et quelles actions prioritaires souhaitez-vous voir émerger dans les prochaines années ?

Déjà impliqué au sein d’Interfel au niveau national en tant que membre du Conseil d’administration et co-rapporteur aval du Comité Bio, je considère ce comité régional comme un véritable outil de proximité au service des professionnels de notre filière.
Son objectif est de mieux prendre en compte les spécificités de notre territoire et de renforcer la coordination entre les différents acteurs. Nous avons besoin de davantage de dialogue, de projets communs et de visibilité pour répondre collectivement aux enjeux qui nous concernent.
Parmi les priorités, je citerais d’abord la promotion de la consommation, alors que les fruits et légumes frais perdent progressivement leur place dans les habitudes alimentaires. Nous devons également renforcer l’attractivité de nos métiers auprès des jeunes générations, valoriser le savoir-faire et les activités de nos entreprises régionales, et accompagner les transitions environnementales tout en préservant leur compétitivité.
Ce comité doit être un espace d’échanges, mais surtout un lieu d’action et d’initiatives concrètes au service de l’ensemble de la filière.


Si vous deviez adresser un message aux professionnels qui hésitent encore à participer à medFEL, quel serait-il ?

Je leur dirais simplement de venir vivre l’expérience. medFEL est un salon à taille humaine, où les échanges sont directs, concrets et souvent très productifs. On y vient parfois avec un objectif précis et on repart avec des idées nouvelles, des contacts inattendus ou des perspectives de développement qu’on n’avait pas imaginées. Dans une période où notre filière est confrontée à de nombreux défis, il est plus important que jamais de se rencontrer, d’échanger et de construire ensemble. medFEL est l’endroit où cela peut se faire. Au-delà des affaires, il y a aussi une dimension humaine avec les nombreux ateliers proposés mais aussi medEmploi. C’est un moment où l’on retrouve les acteurs de la filière, où l’on partage les expériences et où l’on mesure toute la richesse collective de notre secteur.

Merci Emmanuel Eichner !