La parole à Céline El Boukili, adjointe à la direction Valorisation et Transfert en charge du Développement des activités commerciales au CTIFL

.

Derrière chaque édition du salon, il y a des experts engagés qui contribuent à façonner sa vision et ses temps forts. Nous avons rencontré les membres du comité de pilotage pour mieux comprendre leur rôle, leur expertise et leur regard sur les enjeux du secteur.

Aujourd’hui, nous donnons la parole à Céline El Boukili, adjointe à la direction Valorisation et Transfert en charge du Développement des activités commerciales au CTIFL.

Céline El Boukili, vous êtes adjointe à la direction Valorisation et Transfert en charge du Développement des activités commerciales au CTIFL et membre du comité de pilotage de medFEL. Pouvez-vous revenir sur votre parcours et nous expliquer votre rôle au sein du salon ?

J’ai intégré la direction Valorisation et Transfert il y a 20 ans en tant que formatrice sur des problématique qualité et organisation du travail. J’intervenais en région parisienne auprès des grossistes- importateurs essentiellement puis j’ai intégré l’équipe régionale Sud Est, basée sur le site de Saint Rémy de Provence. Mes activités de formation se déroulaient essentiellement en région PACA – AURA et Occitanie de Nice à Perpignan, Lyon à Annecy. Mes activités ont évolué et comportent également du travail de rédaction d’articles ou d’ouvrage, participation à des outils d’aides aux professionnels de la filière, participation à des travaux de recherche qui sont l’essence même du CTIFL ou encore à l’organisation d’évènements de type journée Nationale ou rencontres techniques.

Au sein du salon, le CTIFL participe à 3 voix avec Clément Aubert, actuel responsable DVT de la région Sud Est, Stéphane Tapia, ingénieur formateur expert de la distribution et moi-même.

Ensemble nous apportons nos éclairages sur l’ensemble de la filière fruits et légumes, en nous appuyons sur les livrables récents produits par le CTIFL ou en consultant nos data économiques. Le réseau professionnel de l’ensemble des membres du COPIL permet une synergie et d’identifier les problématiques métiers, de confronter nos points de vue pour sélectionner des conférences pertinentes, des intervenants judicieux qui apporteront un contenu impactant pour les visiteurs.

Au fil des années, medFEL s’est imposé comme un rendez-vous incontournable de la filière fruits et légumes. Quelle place occupe-t-il aujourd’hui selon vous, tant pour les professionnels que pour l’ensemble de la filière ?

C’est un salon unique, qui réunit les opérateurs commerciaux, metteurs en marchés de F&L : producteurs, expéditeurs, coopératives, importateurs sont présents sur stand ou dans les allées, et rencontrent les distributeurs, grossistes, grande distribution, ou autres opérateurs de vente.

Le cœur de ce salon est le commerce, et les tendances de vente. Il est essentiel d’assurer une veille, une rencontre entre les professionnels de la filière et les acteurs de l’innovation. Les acteurs de l’innovation ont besoin de sentir le pouls de la filière, se confronter échanger avec les opérateurs pour adapter les recherches aux besoins des professionnels. La réussite de la profession passe par une performance industrielle dont un des leviers est l’innovation.

Le CTIFL accompagne la filière sur de nombreux sujets techniques et stratégiques. Pouvez-vous nous présenter ses principales missions et la manière dont il soutient les entreprises au quotidien ?

Le CTIFL agit comme un catalyseur entre la recherche scientifique, l’expérimentation technique et les besoins concrets de la filière.

Les projets menés par l’institut visent à faire émerger des solutions opérationnelles pour les producteurs, les entreprises et l’ensemble des acteurs du secteur. Qu’il s’agisse de protection des cultures, d’amélioration variétale, d’évolution des pratiques agronomiques, de qualité des produits ou d’analyse des marchés, l’objectif reste le même : transformer la connaissance en progrès utile pour la filière.

Les équipes du CTIFL travaillent en étroite collaboration avec les instituts de recherche, les organisations professionnelles, les entreprises et les partenaires publics afin de favoriser l’émergence et la diffusion d’innovations adaptées aux réalités du terrain. Cette coopération est essentielle pour accélérer le passage de l’expérimentation à l’application concrète.

Face aux enjeux climatiques, réglementaires et économiques, quelles sont aujourd’hui les principales attentes des professionnels vis-à-vis de la recherche appliquée et de l’innovation ?

Ils ont besoin de solutions fiables, opérationnelles et rapidement transférables pour sécuriser leurs systèmes de production et maintenir leur compétitivité dans un environnement de plus en plus contraint. La filière fruits et légumes doit simultanément répondre à l’adaptation au changement climatique, à l’évolution des pratiques de production, aux attentes sociétales, aux mutations de la consommation et à la pression économique. Dans ce contexte, les professionnels attendent de la recherche appliquée qu’elle les aide à arbitrer, à réduire les risques et à identifier les leviers les plus pertinents pour leurs entreprises.

Ces attentes portent d’abord sur la protection des cultures, notamment face aux impasses phytosanitaires et au retrait de certaines substances actives. Les exemples de PulVéFix en arboriculture, des plantes de service contre les pucerons, ou encore de l’auxiliaire Typhlodromus recki contre l’acariose bronzée de la tomate illustrent cette demande forte de solutions alternatives, efficaces, compatibles avec les exigences réglementaires et économiquement soutenables.

Elles concernent aussi l’adaptation des systèmes de production : choix variétal, gestion de l’eau, résilience face aux aléas climatiques, maîtrise sanitaire, réduction des intrants, mécanisation, robotique ou encore efficacité énergétique des serres. Les travaux sur les variétés de myrtilles, la sensibilité variétale à l’ECA, la pomme Story®Inored cov ou la culture du concombre sur fil haut montrent que l’innovation est attendue à la fois comme un levier technique, économique et commercial.

Enfin, les professionnels attendent des repères économiques et des outils d’aide à la décision. Les études sur la consommation, les observatoires d’entreprises, les analyses de marché ou les travaux sur les emballages montrent que l’innovation ne se limite pas à la production : elle doit aussi accompagner la commercialisation, la valorisation de l’offre, la qualité produit et l’évolution des attentes des consommateurs.

Le transfert des connaissances est au cœur de vos missions. Comment faire en sorte que les innovations développées par la recherche répondent concrètement aux besoins des entreprises de la filière ?

Comme expliqué précédemment, la gouvernance du CTIFL permet d’assurer des espaces échanges avec tous les professionnels de la filière et à toutes les strates. Il y a une logique de co-construction : les commissions programmes Fruits et Légumes, la Commission Transfert, les groupes de travail du réseau national d’expérimentation et les consultations filières permettent d’ancrer les priorités de recherche dans les attentes des entreprises, et d’adapter et définir ensemble nos projets de recherche.

Pour que les innovations soient utiles, elles doivent être testées en conditions proches du terrain, évaluées techniquement et économiquement, puis accompagnées jusqu’à leur appropriation. Le CTIFL produit des connaissances, et vérifie les changements qu’elles génèrent dans les pratiques, les décisions et la performance des acteurs.

Le transfert repose ensuite sur des formats adaptés aux usages professionnels : publications, notes de synthèse, rapports d’étude, outils numériques d’aide à la décision, webinaires, formations, visites d’essais, rencontres techniques et journées nationales. Le CTIFL a notamment diffusé 16 publications périodiques, 106 supports d’intervention, 15 vidéos, organisé ou co-organisé 20 manifestations et mobilisé 1 500 participants sur l’année 2025. Ces chiffres traduisent une volonté de rendre les résultats accessibles, compréhensibles et directement mobilisables.

Il faut aussi accompagner les entreprises dans la durée. Une innovation peut être techniquement prometteuse, mais son adoption dépend de nombreux facteurs : coût d’investissement, organisation du travail, compétences disponibles, acceptabilité, contraintes réglementaires, débouchés commerciaux. C’est pourquoi le rôle du CTIFL est d’articuler recherche, expérimentation, formation et prestations sur mesure, afin de transformer les résultats scientifiques en méthodes, références et outils réellement appropriables.

Quelles sont les innovations ou les évolutions techniques qui vous paraissent les plus prometteuses pour l’avenir de la production et de la commercialisation des fruits et légumes ?

Les innovations et évolutions techniques porteront sur les solutions alternatives de protection des cultures, l’innovation variétale, l’évolution des systèmes de production, la conservation post-récolte, la commercialisation et la valorisation de l’offre. La filière doit être flexible. Les alternatives aux emballages plastiques sont un exemple structurant : elles répondent à la fois aux attentes sociétales, aux obligations réglementaires et aux contraintes de conservation des produits frais. Les études sur la consommation montrent aussi l’importance d’adapter les calibres, les conditionnements, les formats portionnables, la présentation en rayon et les usages culinaires pour relancer l’achat de fruits et légumes frais.

Enfin, les outils numériques, les référentiels qualité et les démarches d’aide à la décision sont appelés à jouer un rôle croissant. Ils permettent de partager un langage commun sur la qualité, de mieux piloter les choix techniques et commerciaux, et de rendre l’expertise accessible au bon moment aux producteurs, techniciens, expéditeurs, grossistes et distributeurs.

En résumé, les innovations les plus prometteuses sont celles qui combinent plusieurs dimensions : performance technique, robustesse économique, réduction de l’impact environnemental, conformité réglementaire, qualité produit et capacité d’appropriation par les entreprises. C’est précisément cette approche intégrée qui est inscrite CTIFL.

Selon vous, quels seront les grands défis de la filière fruits et légumes dans les prochaines années et quels leviers permettront d’y répondre ?

Selon moi, les grands défis de la filière fruits et légumes dans les prochaines années seront moins des équilibres à construire simultanément : produire suffisamment, produire mieux, rester compétitif, attirer des compétences et répondre à des consommateurs dont les attentes évoluent vite.

Il y a le défi de l’adaptation des entreprises. Les exploitations et les opérateurs devront absorber des aléas plus fréquents : climat, ravageurs, maladies, disponibilité des intrants, énergie, réglementation, volatilité des marchés. La réponse passera par des systèmes plus robustes, diversifiés, mieux pilotés, mais aussi par des références technico-économiques solides pour sécuriser les décisions d’investissement.

Un autre défi majeur sera l’attractivité des métiers. La filière aura besoin de compétences nouvelles, capables de combiner agronomie, numérique, gestion de l’énergie, qualité, commerce, réglementation et management. Les leviers seront la formation, l’alternance, la montée en compétences des salariés et la valorisation de métiers plus techniques, plus connectés à l’innovation et aux transitions.

La filière devra aussi relever le défi de la valeur. Produire plus durablement implique souvent des investissements, du temps d’expérimentation et des adaptations organisationnelles. Il faudra donc mieux objectiver la création de valeur, mieux la répartir dans la chaîne et mieux expliquer au consommateur ce que recouvrent la qualité, l’origine, la saisonnalité, la fraîcheur ou les pratiques responsables.

Enfin, le défi sera de maintenir le lien avec les consommateurs. La baisse des volumes achetés montre qu’il ne suffit pas de produire des fruits et légumes de qualité : il faut aussi rendre l’offre plus lisible, plus accessible, plus pratique et plus désirable. Cela suppose de travailler sur les usages, les formats, la présentation, la pédagogie, le plaisir alimentaire et l’adaptation aux nouveaux modes de vie.

La réussite dépendra surtout de la capacité de la filière à transformer les contraintes en trajectoires partagées, avec des solutions à la fois techniquement crédibles, économiquement viables et appropriables par les professionnels.

Dans cet environnement en mutation, l’innovation est un levier essentiel pour accompagner les professionnels et préparer l’avenir.

L’un des enjeux majeurs est de faire émerger une innovation « utile », c’est-à-dire une innovation capable de s’inscrire dans la réalité économique, humaine et organisationnelle des entreprises. Une solution n’a d’impact que si elle peut être comprise, testée, adaptée puis adoptée par les acteurs de terrain. C’est pourquoi l’innovation doit être pensée dès l’amont avec les professionnels, en intégrant leurs contraintes de main-d’œuvre, de rentabilité, de calendrier cultural, d’investissements et de débouchés commerciaux.

Elle est également essentielle pour redonner de la visibilité dans un contexte incertain. Les transitions climatiques, réglementaires et sociétales peuvent être vécues comme des contraintes successives. L’innovation permet au contraire de les transformer en trajectoires d’adaptation : nouveaux itinéraires techniques, nouveaux outils d’aide à la décision, nouvelles références économiques, nouvelles formes de valorisation des produits ou encore nouvelles compétences à développer dans les entreprises.

Enfin, préparer l’avenir suppose de renforcer le lien entre expérimentation, évaluation de l’impact et transfert. L’innovation doit être accompagnée jusqu’à son appropriation : par la formation, les démonstrations, les références technico-économiques, les outils opérationnels et le dialogue continu avec les filières. C’est cette capacité à transformer une connaissance en décision, puis en changement concret dans les pratiques, qui conditionne la réussite des transitions à venir.

Si vous deviez adresser un message aux professionnels qui hésitent encore à participer à medFEL, quel serait-il ?

Dans une période où les repères changent vite, medFEL est un temps utile pour prendre de l’avance. Les participants confrontent leurs questions aux réalités du marché, écoute les signaux faibles, échange avec d’autres acteurs de la filière. Les entreprises ont besoin de visibilité, de contacts, de retours d’expérience et de perspectives partagées.

La filière fruits et légumes a besoin d’espaces collectifs pour anticiper, coopérer et faire émerger des solutions adaptées aux réalités économiques, climatiques et commerciales. medFEL est l’un de ces espaces.

Aux distributeurs qui hésitent, je dirais donc : venez contribuer à ce qui va se construire, à la rencontre de vos fournisseurs historiques ou futurs et découvrez les enjeux de la filière, au cœur d’une région riche en F&L, et transformez vos échanges en plan d’actions pour la saison à venir !

Merci Céline El Boukili !